Nicolas Janssen
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Connaissez-vous l’entreprenariat social ? 

Apparu au cours des années 1990, il connaît un succès croissant. Il s’agit des initiatives entrepreneuriales dont la finalité est non seulement économique, mais aussi sociétale ou environnementale.

Les entrepreneurs sociaux développent typiquement des modèles « hybrides » de création de valeur. Ils identifient des approches innovantes et utilisent la puissance de la dynamique entrepreneuriale pour répondre à des questions sociétales pressantes sur des thèmes tels que l’écologie, l’emploi, le logement, l’éducation, l’alimentation, l’agriculture, la mobilité… L’entrepreneur ne cherche donc pas tellement à s’approprier de la valeur, mais surtout et avant tout à créer de la valeur sociétale.

J’y crois énormément. Le secteur public aurait à mon sens tout intérêt à faire davantage appel à son potentiel.

Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille à ce sujet le livre d’Emmanuel Faber, qui a succédé à Franck Riboud chez Danone, intitulé « Chemins de traverse ». A sa lecture, l’on ne peut s’empêcher de se demander comment une entreprise ou une administration pourrait mieux soutenir les différents écosystèmes dont elle fait partie.

Dans son livre « spiritual capital », Danah Zohar, du célèbre MIT américain, écrit : « les entreprises doivent développer une dimension morale, c’est-à-dire devenir plus orientées vers le service à la communauté et vers la création de valeur pour tous. Nous devons créer des passerelles entre le privé et le public ».

Vous pourriez toutefois me renvoyer la question: qu’attendent les partis politiques pour coopérer, dialoguer, inspirer, co-créer? Je serais entièrement d’accord avec vous…

Le citoyen s’engagera toujours plus volontiers, si du secteur public et des partis politiques rayonnent une énergie constructive et lumineuse, une dynamique inclusive et respectueuse des principes du vivant. N’oublions pas que la nature est notre mentor, comme l’affirme avec tant de justesse le bio-mimétisme! 

Parmi d’autres exemples concrets liés à l’entrepreneuriat social, je citerais ce qu’on appelle l’ « impact investing » (à savoir des investissements qui produisent, outre un return financier, également un return social ou environnemental) ou encore les obligations à impact social, que l’on appelle des « social impact bonds » en anglais et qui se multiplient au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et progressivement en Europe continentale aussi.

 
 

L’intelligence collective

Comme le disait Christian de Duve, notre prix Nobel brabançon, la sélection naturelle n’a pas imprimé la sagesse et la coopération dans nos gênes : il est donc urgent de les ramener à l’avant-plan de nos priorités.

Les modèles sociétaux du XXème siècle n’ont pas convaincu et ont chacun montré leurs limites : communisme, socialisme, capitalisme… Où chercher, dès lors, les solutions ?

Comme l’écrivait Guibert del Marmol dans son livre « Sans plus attendre », misons sur l’intelligence collective. Mon exemple préféré dans son livre porte sur ces fourmis qui, ne disposant que de 10 secondes de mémoire, dépendent en permanence de leurs sœurs pour se souvenir de ce qu’elles doivent faire. A la compétition destructrice, préférons la coopération et les systèmes ouverts, qui fonctionnent à la manière des « wikis ». Et venons-en rapidement à l’idée selon laquelle « collaboration is the new competition » !

 

Ensemble, nous pouvons résoudre des problèmes qui, à l’échelle individuelle, paraissent insurmontables. Pensons à l’environnement ou même la pauvreté : notre génération pourrait décider d’accomplir ce qui, il y a quelques décennies, paraissaient encore irréalisables.

Comme l’écrivait Joe Trippi, dont vous vous souviendrez peut-être pour le rôle qu’il avait joué dans la campagne du candidat américain Howard Dean en 2004, « le pouvoir est occupé à se déplacer : il se trouvait au sommet de grandes institutions, gérées ‘top down’, mais il évolue aujourd’hui vers un nouveau paradigme, où il se retrouve partagé par tous.» Quel encouragement à relever la tête, croire en chacun et travailler tous ensemble!

Les théoriciens du management actuel l’affirment également : le leader n’est plus « le type le plus brillant de la pièce », mais bien le promoteur en chef de l’idée que « personne n’est aussi brillant que tout le monde réuni ». Le rôle du leader est dès lors devenu, par exemple selon P. La Barre, « d’inviter autant de personnes complémentaires que possible, afin de faire jaillir un maximum de contributions et créer des opportunités pour la plus large variété possible de gens ! »

Pour clore ce passage sur l’intelligence collective, j’aimerais aussi vous proposer un extrait que j’aime beaucoup de « La troisième révolution industrielle » de J. Rifkin : « L’ère industrielle mettait l’accent sur les valeurs de discipline et de travail acharné, l’autorité hiérarchique, l’importance du capital financier, les mécanismes du marché et les rapports de propriété privée. Mais au contraire, l’ère coopérative privilégie le jeu créatif, l’interactivité pair à pair, le capital social, la participation à des communautés ouvertes et l’accès à des réseaux mondiaux.» A nous de construire cette nouvelle ère – quel bonheur !

Une seule Constitution au monde mentionne l’amour. Savez-vous laquelle ? C’est celle des Philippines, dans son préambule. Malheureusement pas celle de la Belgique ! Peut-être un débat à prévoir à l’occasion de la prochaine révision de la Constitution, afin de favoriser notre troisième révolution industrielle :-)

 
 

Nouvelles prises de conscience et innovation

« Les hommes doivent être devant une crise intense pour changer de conscience », écrit Satprem en Inde, à Auroville. Quelle époque complexe nous traversons… Quel sens donner à ces crises successives, sur les plans économiques et politiques ? S’agit-il d’autant de remises en question de nos habitudes, de nos modes de vie ? En France, Pierre Rabhi appelle à « l’insurrection des consciences ». Jeremy Rifkin, déjà cité ci-dessus, met quant à lui l’accent sur l’empathie, dans son livre intitulé « Une nouvelle conscience pour un monde en crise ».

De même, Bill Drayton, le fondateur du réseau d’entrepreneurs sociaux Ashoka, considère depuis plusieurs années que l’empathie est une des clés de la solution. Permettre l’apprentissage de l’empathie est devenu sa priorité. Comment faire en sorte que chaque citoyen maitrise les compétences, qui lui permettront de devenir un acteur de changement…

Comment apprendre à créer son avenir ? Comment ne pas subir, dans un monde qui change à une vitesse toujours croissante ? Pour qu’une institution puisse s’adapter à ces changements et continuer à répondre aux besoins nouveaux, il est nécessaire, d’après l’initiative « Ashoka empathie/compétences du changement », de développer une formidable capacité d’empathie. L’initiative soutient dès lors toute une série de projets favorisant le développement de ces compétences, telles que la gestion des relations interpersonnelles, la communication non-violente, l’intelligence émotionnelle, la connaissance de soi, et ce à différents stades de la vie : depuis l’enfant (via l’initiative de Mary Gordon, par exemple, intitulée « Racines de l’empathie »), jusqu’à l’adolescent (cfr. le travail de notre compatriote Arnoud Raskin et ses ‘écoles mobiles’, ainsi que le génial Streetwize) et l’adulte (i.e. Andreas Heinecke, ‘Dialogue in the dark’).

Et n’est-ce pas par cette transformation sur le plan individuel, via des prises de conscience nouvelles, que l’on peut, de manière harmonieuse et heureuse, déplacer des montagnes au niveau collectif ?

Osons chercher des idées neuves. Certains semblent penser que « secteur public » est incompatible avec
« solutions innovantes » ! Réconcilions ces notions dans nos esprits et surtout dans la réalité des faits.

« It’s all about ideas », entend-on souvent.
Notre époque est celle des idées. Le succès de la plateforme TED.com le prouve. L’idée que je vous propose ? Le secteur public aussi peut être un terreau de créativité ! Et comme l’écrivait Victor Hugo,
« rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu ».