Nicolas Janssen
 

Améliorer significativement l’enseignement obligatoire en 6 ans

Nous sommes nombreux à nous demander pourquoi la vocation de l’enseignant n’est pas mieux valorisée dans notre pays. Avant de se plonger dans ces réflexions, je vous propose de nous remémorer le discours prononcé il y a plus de 60 ans, par Albert Camus, le 10 décembre 1957, lors de la réception de son Prix Nobel de littérature. Ce discours, Camus l’avait dédié à son instituteur, M. Germain, auquel il écrivait:

«Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.
Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et leur cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces. »
 
 

Où en est notre enseignement
obligatoire?

Commençons par un état des lieux. Dans le petit film “Shakeducation I” suivant, nous avons repris, pour évaluer la qualité de notre enseignement en Fédération Wallonie Bruxelles (FWB), les 3 indicateurs utilisés notamment par Etienne Denoël, expert reconnu de l’enseignement en FWB.

Divers systèmes d’enseignement à travers le monde l’ont prouvé: oui, on peut améliorer la situation “rapidement” et significativement.

Nous développons ci-dessous 5 mesures que nous estimons prioritaires pour améliorer notre enseignement: le tutorat pour les nouveaux enseignants, la formation continue des enseignants, l’accompagnement des directeurs d’établissements, la remédiation et davantage d’autonomie pour les établissements scolaires.

 

 

 

Le tutorat pour les nouveaux enseignants

L’abandon du métier par les jeunes enseignants est une réalité et les chiffres sont inquiétants : à titre d’exemple, notons que près de 20% des professeurs quittent la profession au cours de la première année; et que 35% des professeurs quittent endéans les 5 premières années de pratique.

Au début du mois d’octobre 2015, 360 professeurs se sont réunis à Nivelles et ont réfléchi à la qualité de l’enseignement provincial. J’ai souhaité quelques semaines plus tard interpeller Madame la Députée provinciale Isabelle Kibassa-Maliba pour faire le point sur 4 des pistes d’amélioration évoquées. 

Concernant l’image de la profession d’enseignant, imagineriez-vous que près de 2/3 des professeurs interrogés estimaient ne pas être reconnus ni par leurs élèves, ni par les parents d’élèves, ni par la société en général?

J’ai suggéré à Madame la Députée de par exemple fêter la journée mondiale de l’enseignant, inaugurée en 1994 par l’Unesco, dans les écoles provinciales. Elle n’a malheureusement pas souhaité y donner de suite.

 

La formation continue et l’évaluation des enseignants

J’ai également interpellé Madame la députée provinciale sur ce point. Voyez ces chiffres: 70% des 360 enseignants présents au début du mois d’octobre 2015 à Nivelles ont considéré le processus d’évaluation de leur travail de niveau « faible ou très faible ».

 

L’accompagnement des Directeurs d’établissements

Savez-vous qu’un Directeur qui est très bon ou exceptionnel peut améliorer les résultats des élèves de son école de 10 à 20%? Bien évidemment, il travaille de concert avec toute une équipe, mais son rôle est déterminant. Malheureusement, les Directeurs ne sont souvent pas formés ou “coachés”. Ils sont débordés de tâches administratives et n’ont pas le temps de s’occuper de l’essentiel, à savoir l’amélioration des pratiques pédagogiques, le suivi des élèves, l’écoute et l’accompagnement des enseignants… C’est la raison pour laquelle j’ai également interrogé le 29 octobre dernier Madame la députée provinciale à ce sujet.

 

La remédiation

Il s’agit d’intervenir rapidement pour éviter que l’élève ne soit pris dans la spirale de l’échec, de la perte de confiance en lui, du découragement, du désintérêt, de l’exclusion… La remédiation intervient dès le premier signe du “décrochage” (incompréhension, doutes, déconcentration). Avec la remediation immédiate, l’échec ne va pas tirer l’élève vers le bas… Au contraire, l’échec ne sera alors rien d’autre qu’une occasion d’apprendre et de s’améliorer. Et de grandir !

Une plus grande autonomie des établissements

La Fédération Wallonie-Bruxelles ne parvient pas à donner suffisamment d’autonomie aux écoles. Vouloir tout “contrôler” est une erreur. Il est important de responsabiliser les Directeurs d’établissement et les équipes enseignantes.

 

L’enseignement technique
et professionnel

Notre second film porte sur l’enseignement technique et professionnel, “un enjeu sociétal, trois défis”. Vous pourrez y retrouver plusieurs témoignages, parmi lesquels un Directeur d’administration, un jeune “médailler” d’Euroskills/Worldskills, un expert du bureau McKinsey…

1. ORIENTATIONS

Quelle sont les orientations proposées ? On s’interroge ici sur l’éventail des choix offerts, l’accompagnement dans le processus de choix, les remédiations efficaces et la réelle implication du jeune dans l’engagement vers son avenir professionnel – en ce compris la représentation qu’il a du métier que son parcours lui permettra d’exercer.

Bravo pour le très beau travail réalisé par la Province dans ce domaine, notamment à l’initiative de Mathieu Michel, le Président du Collège exécutif provincial. 

 

2. ADEQUATION

Quelle adéquation entre la formation et le monde de l’emploi ? Ce volet pose la question de la connaissance des réalités mutuelles et de la mise à jour des connaissances et technologies d’enseignement. Concrètement, ceci suppose des formes de partenariats, des stages, des visites d’entreprises, des rencontres de chefs d’entreprises, etc. 

Bravo au travail réalisé notamment par la Fondation pour l’enseignement dans ce domaine!

3. MISE A L'EMPLOI

Comment se passe la mise à l’emploi ? Le jeune est souvent livré à lui-même. 

Bravo à tous ceux qui oeuvrent à construire les ponts qui relient ces deux mondes: la formation et l’entreprise.

Un exemple inspirant, issu du Brabant wallon:

Lhoist est une des entreprises du Brabant wallon que nous avons rencontrées à cette occasion. « En Allemagne », ont-ils affirmé, « il y a une véritable culture de l’apprentissage. C’est dans l’ADN d’une entreprise de s’occuper des jeunes et de vouloir les former. En France, c’est le réflexe inverse qui s’impose, comme si certains se disaient: ce jeune qui arrive, il va me prendre du temps… Je ferais mieux de l’envoyer chez mon concurrent! ». Convaincu des bienfaits du modèle allemand, Lhoist gère p.ex. un centre de formation professionnelle près de Düsseldorf, dans lequel ils forment une vingtaine de jeunes par an, dont ils recrutent environ la moitié. Pour ces jeunes qui y postulent vers l’âge de 15-16 ans, c’est un choix familial, compétitif (il y a plus de demandes que de places disponibles!) mais toujours récompensé: au terme des 3 ans de formation, un emploi de qualité est généralement garanti !